Aller au contenu
Comment fonctionne le système de cartographie ?
🔭 Science

Comment fonctionne le système de cartographie ?

Comment on passe du monde en bazar à une carte claire sur écran ? Je t’emmène dans les coulisses très concrètes d’un système de cartographie.

DY
La rédaction Dymastyle·9 min de lecture
Partager

Tu as sûrement déjà pesté contre une appli GPS qui t’envoie dans une impasse. Derrière cette petite galère du quotidien, il y a tout un monde : celui des systèmes de cartographie. Comment on passe des choses « en vrac » dans le monde réel (routes, immeubles, rivières, prises électriques…) à une carte claire, exploitable, sur un écran ?

Je te propose de remonter la chaîne : du terrain jusqu’à la jolie carte colorée qui a l’air simple… mais qui ne l’est pas tant que ça.

Une carte, ce n’est pas « une image », c’est un langage

J’ai longtemps cru qu’une carte, c’était juste une belle image vue de dessus. En fait, une carte, c’est surtout un langage précis pour raconter l’espace.

Un système de cartographie, c’est l’ensemble de ce qui permet de :

  • récupérer des infos sur le monde réel (où, quoi, quand) ;
  • les mettre dans un repère commun (le fameux système de coordonnées) ;
  • les organiser et les stocker (base de données) ;
  • les transformer en représentation visuelle (la carte) ;
  • et parfois, faire des calculs dessus (trajets, prévisions, risques…).

« Une carte, c’est une base de données qui a décidé d’être polie. »

Si je devais résumer : la carte, c’est la partie visible de l’iceberg. Le système de cartographie, c’est tout le reste en coulisses.

Le cœur du système : le système de coordonnées (le “GPS” des cartes)

Pour qu’on puisse mélanger des infos venant de partout (satellites, drones, relevés terrain, cadastre…), il faut un langage spatial commun. C’est là qu’intervient le système de coordonnées.

L’idée de base est simple :

  • on choisit une façon de décrire une position sur Terre ;
  • tout le monde se cale dessus ;
  • et on arrête de se battre pour savoir où est « là ».

Les coordonnées géographiques : le globe

Tu connais sans doute ces deux nombres qu’on voit parfois :

  • la latitude (Nord-Sud) ;
  • la longitude (Est-Ouest).

C’est la version « globe terrestre ». On imagine la Terre comme une sphère (en vrai, elle est un peu patatoïde), et chaque point est défini par ces deux angles par rapport à un centre.

Problème : pour dessiner une carte à plat, il faut projeter ce globe sur un plan. C’est impossible à faire sans déformer quelque chose : soit les surfaces, soit les distances, soit les formes. C’est pour ça qu’une carte du monde n’est jamais parfaitement fidèle.

Les projections : comment aplatir une planète

Un système de projection, c’est la recette mathématique pour passer du globe à la feuille (ou à l’écran). Selon ce qui nous intéresse, on choisit une projection différente :

  • besoin de garder les surfaces justes (par exemple pour des cartes de population) ? On prend une projection équivalente ;
  • besoin de garder les angles (utile pour la navigation) ? On choisit une projection conforme ;
  • besoin de distances correctes entre certains points ? Il existe des projections équidistantes.

Ce n’est pas que de la théorie. Si je cartographie un quartier pour savoir où planter des arbres, je ne vais pas choisir la même projection que si je fais une carte des routes maritimes.

Les systèmes projetés : pour le terrain

Pour les usages locaux (une ville, un pays), on utilise souvent des systèmes de coordonnées projetés :

  • les coordonnées sont alors en mètres ou en kilomètres ;
  • ça facilite les calculs (distances, surfaces) ;
  • les déformations sont limitées sur la zone d’intérêt.

C’est ce choix de système de coordonnées qui permet à ton téléphone, au plan cadastral et aux cartes de rando de « se comprendre » – à condition qu’ils soient tous calés sur le même.

Comment on passe du monde réel à la base de données spatiale

Une fois qu’on a le langage (les coordonnées), il faut alimenter le système. Là, on entre dans la chaîne de cartographie.

Étape 1 : la collecte des données

D’où viennent les données qu’on voit sur une carte ? De partout :

  • satellites (imagerie, altimétrie…) ;
  • GPS des véhicules, téléphones, balises ;
  • relevés terrain (géomètres, services techniques, naturalistes…) ;
  • plans existants (cadastre, réseaux d’eau, plans de ville) ;
  • contributions citoyennes (type OpenStreetMap).

Chaque source arrive avec sa propre précision, son propre format, parfois même son propre système de coordonnées. C’est un peu comme recevoir des recettes de cuisine dans plusieurs langues et systèmes de mesures différents.

Étape 2 : le géoréférencement

Ensuite, il faut ancrer ces infos dans notre système de coordonnées.

  • Une photo aérienne ? On l’assemble (mosaïque), puis on la géoréférence : chaque pixel se voit attribuer une position sur Terre.
  • Un plan papier scanné ? Même chose : on choisit des points connus (ronds-points, coins de bâtiments) et on ajuste l’image pour que ces points collent à leurs vraies coordonnées.

Astuce que j’ai vue souvent : quand deux jeux de données ne tombent pas exactement l’un sur l’autre (une route légèrement décalée par rapport à l’orthophoto), on regarde :

  • si c’est un problème de système de coordonnées (les reprojeter) ;
  • ou de précision (recalage manuel, signalement d’erreur).

Étape 3 : la structuration en couches

Dans un système de cartographie moderne (un SIG, système d’information géographique), on ne met pas tout dans une seule grosse carte. On organise en couches :

  • une couche « routes » ;
  • une couche « bâtiments » ;
  • une couche « rivières » ;
  • une couche « zones inondables » ;
  • une couche « arrêts de bus » ;
  • etc.

Chaque élément géographique a une géométrie et des attributs :

  • un bâtiment (polygone) avec : hauteur, usage, année de construction…
  • un arrêt de bus (point) avec : nom, lignes desservies, accessibilité PMR…

La carte n’est donc que la « mise en scène » de cette base de données spatiale.

Étape 4 : le contrôle de qualité

Point crucial, souvent sous-estimé :

  • on élimine les doublons ;
  • on corrige les erreurs de dessin (routes qui ne se croisent pas, polygones qui ne se ferment pas) ;
  • on vérifie la cohérence logique (une route qui traverse un lac sans pont, ça mérite au moins un coup d’œil).

C’est là que les cartes participatives, par exemple, s’améliorent avec le temps : plus il y a de relectures, plus le système gagne en fiabilité.

Une fois les données propres : place à la magie visuelle

Tu as une belle base de données géographiques propre, structurée. Pour l’instant, ce n’est que du texte et des coordonnées. Il faut maintenant la rendre lisible d’un coup d’œil.

C’est la partie visualisation cartographique.

Styliser : choisir ce que tu montres, et comment

Une bonne carte n’essaie pas de tout montrer. Elle répond à une question.

  • « Où sont les écoles dans ce quartier ? »
  • « Quelles zones risquent d’être inondées ? »
  • « Où se concentrent les accidents de vélo ? »

Pour ça, on joue avec :

  • les couleurs (par exemple, du jaune au rouge pour des niveaux de risque) ;
  • les épaisseurs de traits (une nationale plus large qu’un chemin) ;
  • les symboles (un pictogramme pour une gare, un arbre pour un parc) ;
  • la transparence (superposer une zone inondable en bleu pâle sur l’orthophoto).

Un truc non évident : on utilise souvent des classifications. Par exemple, pour des valeurs de pollution :

  • on peut couper en classes égales (0–10, 10–20…) ;
  • ou en fonction de seuils réglementaires (zones « saines », « moyennes », « à risque ») ;
  • ou encore en classes qui contiennent chacune à peu près le même nombre de lieux.

Selon le choix, la carte raconte une histoire très différente.

Interactif : zoom, filtres, requêtes

Avec les logiciels modernes, on n’est plus bloqué sur une carte figée. Un bon système de cartographie permet :

  • de zoomer/dézoomer en gardant une lecture claire (les détails apparaissent petit à petit) ;
  • de filtrer (n’afficher que les écoles publiques, par exemple) ;
  • de cliquer sur un objet pour voir ses attributs ;
  • de lancer des requêtes : « montre-moi tous les arrêts de bus à moins de 300 m d’une école ».

Et là, on quitte la simple carte pour entrer dans le système d’information géographique : on ne regarde plus seulement le monde, on l’analyse.

Les logiciels de cartographie : du simple plan à la plateforme géante

Derrière la carte que tu vois, il y a toujours au moins un logiciel. Ils vont du plus simple au plus costaud.

Les outils “grand public”

Ce sont les applis de cartes en ligne, les GPS, certains sites qui te permettent de créer ta carte avec des marqueurs.

Leur rôle :

  • afficher des fonds de carte ;
  • te permettre de chercher une adresse, un lieu ;
  • parfois, d’ajouter quelques données perso (points, itinéraires).

Tu n’as pas accès à toutes les couches ni à toute la logique interne, mais tu profites d’un énorme travail de fond.

Les SIG de bureau

Là, on est sur des outils utilisés par :

  • les collectivités ;
  • les bureaux d’études ;
  • les chercheurs ;
  • certaines grandes entreprises.

Ils permettent de :

  • charger une multitude de couches ;
  • choisir les systèmes de coordonnées ;
  • faire des analyses spatiales (zones d’influence, calculs de surfaces, trajectoires…) ;
  • produire des cartes papier, PDF, cartes web.

On y retrouve toute la chaîne : import de données, nettoyage, analyse, stylisation.

Les plateformes web et systèmes d’information complets

À grande échelle (transport, énergie, logistique, aménagement du territoire…), la cartographie est intégrée à des systèmes plus larges :

  • bases de données en ligne mises à jour en continu ;
  • accès multi-utilisateurs avec droits différents ;
  • connexion à d’autres systèmes (capteurs, météo, trafic en temps réel…).

Là, la carte devient l’interface pour piloter le système : décider où envoyer une équipe, où construire un équipement, où limiter la vitesse, etc.

Un repère simple pour mieux s’y retrouver dans les cartes

Quand je regarde une carte un peu « sérieuse », j’ai pris l’habitude de me poser trois questions. C’est un bon réflexe pour ne pas se laisser embarquer par un joli rendu trompeur.

  1. Quel est le système de coordonnées / la projection ?
    Souvent noté en petit dans un coin. Ça donne une idée : est-ce adapté à la zone ? au type de mesure ?

  2. D’où viennent les données ?
    Sources, dates de mise à jour, méthode de collecte. Une carte de pollution basée sur des données vieilles de 10 ans ne raconte pas la même histoire qu’une autre mise à jour chaque semaine.

  3. Comment les données ont été classées et stylisées ?
    Les seuils de couleur, les classes, ce qu’on a choisi de montrer ou cacher. On peut vite « dramatiser » ou minimiser une réalité juste en jouant sur la palette.

On revient toujours à ça : une carte n’est jamais neutre. Elle simplifie, choisit, exagère certains aspects pour t’aider à comprendre quelque chose. Un bon système de cartographie, c’est justement celui qui te permet d’ajuster ces choix, de tester d’autres angles.

En fait, le système de cartographie, c’est un peu comme un studio de musique :

  • le monde réel, ce sont les instruments et les voix ;
  • les systèmes de coordonnées, c’est l’accordage commun ;
  • la base de données, c’est la table de mixage où chaque piste est séparée ;
  • la visualisation, c’est le morceau final que tu entends.

La prochaine fois que tu verras une carte « évidente », tu sauras qu’elle repose sur plein de décisions en coulisses. Et si tu te mettais toi aussi à jouer un peu avec des données et des cartes, pour raconter ta version du territoire ?

DY

La rédaction Dymastyle

Un magazine généraliste à hauteur de vie : on y parle d'animaux, de maison, de santé, d'argent, de voyages et de tout ce qui fait le sel des journées — avec sincérité, méthode et le goût du concret.

En savoir plus

À lire ensuite

La newsletter Dymastyle

Un condensé d’idées utiles dans votre boîte mail, chaque semaine.

Nos meilleurs articles, des conseils concrets et quelques découvertes — sur les animaux, la maison, la santé, l’argent et le reste. Sans spam, désabonnement en un clic.

Rejoignez les lecteurs fidèles du magazine.