
Les bienfaits de la danse thérapie pour le bien-être mental
Bouger pour aller mieux : comment la danse thérapie aide à apaiser l’anxiété, libérer les émotions et renforcer l’estime de soi, sans savoir danser.
Un jour, une amie m’a dit en sortant d’un atelier de danse thérapie : « Je suis arrivée avec un nœud dans la gorge, je repars avec des jambes en coton… mais légère. » Elle n’avait pas « dansé bien ». Elle avait juste bougé, secoué ses épaules, marché, respiré, parfois presque immobile. Et pourtant, quelque chose s’était déplacé, dedans.
C’est là que j’ai compris que la danse, ce n’est pas qu’une histoire de chorégraphie ou de piste de boîte de nuit. C’est aussi un langage pour ce qu’on n’arrive pas toujours à dire avec des mots.
Avant d’aller plus loin : la danse thérapie ne remplace JAMAIS un suivi médical ou psychologique. Si tu te sens vraiment mal, que tu as des idées noires, que tu ne dors plus, que tu ne manges plus, c’est médecin ou psy en priorité. La danse, c’est un outil complémentaire, pas un remède miracle.
La danse thérapie, ce n’est pas « savoir danser »
Je commence par balayer une peur très fréquente : non, il n’y a pas besoin de « savoir danser ». Ni d’être souple. Ni d’aimer se montrer.
En danse thérapie (ou danse-mouvement-thérapie), le but n’est pas de « faire joli », mais de :
- remettre le corps en mouvement, à son rythme ;
- écouter ce que les émotions racontent à travers les gestes ;
- créer un espace où tout peut se dire, par le corps et parfois par la parole.
On peut très bien passer la moitié d’une séance assis, à bouger les mains, la tête, la respiration. Il n’y a pas de juge, pas de notes, pas de « tu fais mal ».
L’idée, c’est moins de danser pour être vu que de danser pour se sentir vivant.
Concrètement, une séance ressemble souvent à ça :
- un temps d’accueil, où on partage rapidement comment on arrive (fatigué, stressé, en colère…) ;
- un échauffement en douceur pour habiter tout le corps ;
- des explorations guidées (marcher, secouer, tourner, s’étirer, jouer avec l’espace, parfois avec de la musique, parfois sans) ;
- un retour au calme, avec un temps de parole si on le souhaite.
Le tout dans un cadre posé par un professionnel formé, qui connaît les bases de la psychologie et du mouvement.
Pourquoi bouger aide vraiment la tête à aller mieux
On sait maintenant qu’émotions et corps sont intimement liés. Quand on stresse, ce n’est pas que « dans la tête » :
- le souffle se bloque ;
- les épaules montent ;
- la mâchoire se crispe ;
- le ventre se serre.
Si on reste longtemps comme ça, on s’épuise. Le simple fait de remettre du mouvement dans ces zones tendues envoie au cerveau un message : « danger terminé ». Résultat : le système nerveux peut se calmer.
Les chercheurs qui se penchent sur la danse thérapeutique observent en général plusieurs effets intéressants (je reste volontairement dans le vague, car les chiffres précis varient d’une étude à l’autre) :
- une réduction de l’anxiété et des symptômes dépressifs chez beaucoup de participants ;
- une amélioration de l’image du corps et de l’estime de soi ;
- un meilleur sentiment de lien aux autres dans les séances de groupe.
Et puis il y a l’aspect très basique : danser, c’est une forme de mouvement. Le corps libère des substances qui, souvent, améliorent l’humeur et le sommeil, surtout lorsqu’on pratique régulièrement.
Ce que la danse permet que les mots ont du mal à faire
Certains souvenirs ou émotions sont difficiles à raconter. On ne trouve pas les mots, ou on n’a pas envie de les dire. Le corps, lui, se souvient à sa façon :
- un dos tendu dès qu’on parle d’un sujet ;
- une envie de se recroqueviller quand quelqu’un élève la voix ;
- un souffle qui se coupe sans raison apparente.
La danse thérapie propose de partir de là :
- « Que se passe-t-il dans mon corps quand je pense à ça ? »
- « Que ferait mon corps s’il pouvait répondre, riposter, se protéger, dire non ? »
On peut, par exemple, explorer :
- la marche : comment je prends ma place dans l’espace ? est-ce que je m’excuse d’exister ou est-ce que je m’autorise à occuper le sol ?
- les bras : est-ce que je sais repousser, dire stop, ou uniquement accueillir ?
- la colonne : est-ce que je m’autorise à me redresser ou je me fais tout petit ?
Ce travail-là ne remplace pas une psychothérapie, mais il la complète bien. Parfois, un geste débloque une parole. Parfois c’est l’inverse : parler rend un mouvement possible.
Stress, anxiété, ruminations : comment la danse peut aider au quotidien
Je te propose une petite grille simple :
1. Quand la tête tourne en boucle
Tu connais ce moment où on ressasse, on rejoue la scène vingt fois, on s’imagine toutes les catastrophes possibles ?
La danse thérapie va aider à :
- revenir dans le corps : sentir les appuis au sol, la respiration, le rythme du cœur ;
- redonner un cadre : « pendant 5 minutes, je ne cherche pas à résoudre mon problème, je bouge juste comme je peux » ;
- décharger physiquement la tension.
Une mini-version à faire chez toi :
- choisis une musique qui te parle ;
- mets un minuteur sur 3 minutes ;
- debout, les pieds bien au sol, commence par balancer doucement les bras, puis les épaules ;
- laisse monter un geste qui correspond à ton émotion du moment (frapper dans l’air, t’enrouler, sautiller) ;
- à la fin, prends 30 secondes assis, à écouter ta respiration.
Ce n’est pas une séance de thérapie, bien sûr, mais c’est un petit outil pour casser la rumination.
2. Quand le corps est éteint
Autre versant de l’anxiété ou de la tristesse : ne plus sentir grand-chose. Plus d’envie, plus d’élan.
Là, la danse thérapie va plutôt :
- redonner du mouvement tout doux : mains, pieds, tête ;
- explorer le plaisir de sensations très simples (la chaleur d’un rayon de soleil pendant qu’on bouge, le contact du sol, le rythme d’une musique) ;
- permettre de sentir de nouveau où on a envie d’aller, même si c’est minuscule.
On n’est pas obligé de « se défouler ». On peut simplement retrouver une présence à soi : « Ah, ok, je suis là, j’ai un corps, il bouge encore. »
Se réconcilier avec son corps (et arrêter de le voir comme un ennemi)
Beaucoup de gens arrivent en séance avec un rapport compliqué à leur corps :
- « Je ne l’aime pas » ;
- « Je le trouve trop gros / trop maigre / trop raide » ;
- « Je n’en tiens pas compte, je l’épuise, je ne l’écoute jamais ».
En danse thérapie, il se passe quelque chose de subtil : peu à peu, on arrête de regarder le corps comme un objet à corriger. On commence à le vivre comme un partenaire.
Quelques expériences fréquentes :
- découvrir qu’on peut être touché par sa propre grâce, même dans un geste tout simple ;
- sentir qu’un mouvement « juste » fait du bien, quelles que soient nos formes ;
- changer de regard en voyant des corps très différents bouger ensemble.
Ça ne veut pas dire qu’on se met à tout aimer chez soi du jour au lendemain. Mais on peut passer du « je subis mon corps » au « je commence à coopérer avec lui ».
Un petit repère que j’utilise parfois :
- Avant de bouger : « Qu’est-ce que je lui reproche, à ce corps, aujourd’hui ? »
- Après avoir bougé 10 minutes : « Qu’est-ce que je peux lui reconnaître, là, tout de suite ? »
Même si la réponse est minuscule (« il a quand même tenu debout toute la journée »), c’est déjà un changement de posture.
Comment choisir un cadre de danse thérapie sans se perdre
Sur Internet, on trouve de tout : ateliers très sérieux et trucs un peu perchés. Pour rester du côté sécure, quelques repères.
1. Regarder la formation de la personne
Idéalement, un danse-thérapeute ou un professionnel de la danse-mouvement-thérapie a :
- une vraie formation spécifique (plusieurs années, pas un week-end) ;
- un minimum de bases en psychologie ;
- une supervision (il est lui-même suivi par un pair plus expérimenté).
Tu peux tout à fait lui demander :
- son parcours ;
- si son travail est reconnu par une association professionnelle ;
- comment il gère les émotions fortes en séance.
Si tu es suivi par un psy, tu peux aussi lui demander s’il connaît des professionnels de la danse thérapie de confiance.
2. S’écouter dès les premières séances
Deux-trois indices que le cadre est plutôt bon :
- tu te sens respecté dans tes limites (on ne t’oblige pas à faire un exercice qui te met très mal à l’aise) ;
- le professionnel explique clairement comment se déroule une séance ;
- la confidentialité est posée, surtout en groupe.
Et, très important : si tu as un diagnostic particulier (trouble anxieux sévère, trouble bipolaire, schizophrénie, troubles alimentaires, traumatisme important…), parle-en à ton médecin ou ton psychiatre avant de te lancer, et informe le danse-thérapeute. Certains cadres s’y prêtent très bien, d’autres moins.
3 mouvements simples pour goûter un peu à la danse thérapie chez soi
Ce que je te propose maintenant, ce n’est PAS un substitut à un travail accompagné, mais juste trois petites explorations pour sentir ce que ça fait quand on laisse le corps s’exprimer un peu.
Fais-les uniquement si tu te sens en sécurité, dans un endroit tranquille. Si tu sens une angoisse monter, tu peux t’arrêter, boire un verre d’eau, regarder un point stable dans la pièce.
Exercice 1 : marcher avec ton humeur
- Mets une musique qui colle à ton humeur du moment (molle, joyeuse, sombre, peu importe).
- Marche dans la pièce comme tu marches habituellement.
- Puis laisse ta marche exagérer légèrement ton état intérieur : plus lourde, plus sautillante, plus rapide…
- Observe : est-ce que ça accentue ou ça libère ? Comment ça respire ?
Exercice 2 : dire « non » avec les bras
- Debout, les pieds bien ancrés.
- Inspire, et en expirant, pousse l’air devant toi avec les paumes, comme pour dire un grand « stop ».
- Expérimente différentes intensités : tout petit non, grand non très clair, non qui vient du ventre.
- Reste quelques instants à observer les sensations : ça fait quoi, dans la poitrine, le dos, le visage ?
Exercice 3 : trouver un geste refuge
- Assieds-toi ou mets-toi debout comme tu veux.
- Laisse venir un petit mouvement qui te fait du bien : te bercer légèrement, presser ta main contre ton cœur, te balancer.
- Affine-le jusqu’à trouver un geste qui fait vraiment descendre un mini cran de tension.
- Garde-le en mémoire comme un « bouton pause » pour les journées chargées.
Et si tu laissais ton corps participer à ta santé mentale ?
On parle beaucoup de thérapies par la parole, de médicaments, de méditation… et c’est très bien. La danse thérapie ajoute un autre pilier : « ton corps n’est pas juste le taxi de ton cerveau, il fait partie de la solution ».
Tu n’as pas besoin d’être souple, ni de te sentir à l’aise en groupe, ni d’aimer les spectacles de danse. Tu as juste besoin d’un peu de curiosité, et du droit de bouger « comme ça vient ».
Si l’idée te parle, tu peux :
- en discuter avec ton médecin ou ton psy, pour voir si ça s’intègre bien à ton parcours ;
- tester une séance découverte, en restant à l’écoute de ce que ça te fait ;
- garder deux ou trois petits gestes « ressources » pour les jours de tempête.
Et qui sait ? Peut-être qu’au bout de quelques temps, tu te surprendras à te dire, comme mon amie : « Je ne suis pas devenue une grande danseuse, mais je me sens un peu plus chez moi, dans ma peau. » Et ça, pour le bien-être mental, c’est déjà énorme.
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