
Le langage des signes universel : une communication possible pour tous ?
Et si on se comprenait tous par les mains ? Décryptage honnête du mythe du langage des signes universel, entre rêve, réalité et pistes concrètes.
Je me souviens d’une scène dans un aéroport : deux personnes qui ne parlaient pas la même langue, perdues devant un panneau d’embarquement, se sont mises à mimer l’avion, l’heure, le « porte où ? ». En quelques gestes, tout le monde s’est compris. Je me suis dit : et si on pouvait faire ça pour tout, tout le temps ? Un langage de signes vraiment universel.
Ça fait rêver. Sauf que la réalité est plus subtile que ça. Je te propose qu’on démêle ensemble le vrai, le possible… et ce qui relève encore du fantasme.
Les langues des signes existent déjà… et elles ne sont pas universelles
Je commence par une vérité simple qu’on oublie souvent : les langues des signes sont de vraies langues, avec une grammaire, du vocabulaire, des nuances, de l’humour, de la poésie…
Et comme pour les langues orales, il n’y en a pas qu’une :
- il existe une langue des signes française (LSF),
- une langue des signes américaine (ASL),
- des langues des signes britanniques, italiennes, japonaises…
Ce ne sont pas des « versions signées » du français, de l’anglais ou du japonais. Elles ont leur logique propre. Un peu comme si le français et l’italien avaient poussé chacun dans leur coin, avec des racines communes mais une vie à eux.
Donc, non, il n’existe pas aujourd’hui une seule langue des signes parlée partout. Une personne sourde française et une personne sourde japonaise ne se comprennent pas spontanément en langue des signes, pas plus que deux entendants qui parlent français et japonais.
Est-ce qu’elles arrivent quand même à improviser ? Souvent oui, avec :
- des gestes iconiques (mimer boire, dormir, manger),
- des expressions du visage,
- des dessins, des applications de traduction.
Mais ça, c’est du système D, pas une langue universelle structurée.
D’où vient l’idée d’un langage des signes universel ?
L’idée revient régulièrement : « Et si on inventait une langue de gestes simple, pour que tout le monde se comprenne partout ? » Un peu le rêve d’un Espéranto visuel.
Il y a plusieurs raisons à ça :
- On a l’impression que les gestes sont plus « naturels » que les mots. Quand tu mimes un avion, même un enfant comprend.
- On associe la langue des signes à quelque chose de très visuel, donc facilement partageable.
- Et, soyons honnêtes, on aime beaucoup les solutions magiques à des problèmes compliqués.
En réalité, il existe déjà quelque chose qui s’en rapproche : ce qu’on appelle souvent « la langue des signes internationale » (ou International Sign).
Ce n’est pas une langue officielle unique, mais plutôt :
- un système simplifié, avec des signes assez iconiques,
- utilisé dans certains événements internationaux (conférences, rencontres sportives, grandes réunions),
- qui pioche dans différents fonds linguistiques.
Ça permet à des personnes sourdes de pays différents de se débrouiller ensemble. Un peu comme un « globish » (anglais simplifié) mais en gestes.
Mais là encore :
Ce n’est pas la langue maternelle de quelqu’un. C’est un outil pratique, pas une solution miracle.
Qu’est-ce qu’on y gagnerait, si c’était vraiment universel ?
Imaginons quand même : on se met tous d’accord sur un système de signes simple, accessible, gratuit, appris à l’école partout sur Terre. À quoi ça ressemblerait au quotidien ?
Je vois plusieurs bénéfices énormes :
1. Une vraie passerelle d’inclusion
Pour les personnes sourdes ou malentendantes, ce serait un changement de planète :
- plus besoin que chaque pays ait ses propres systèmes d’interprétation,
- possibilité de voyager, travailler, étudier à l’étranger avec beaucoup moins de barrières,
- sentiment d’appartenance à une communauté mondiale.
Même chose pour :
- les personnes devenues sourdes plus tard dans leur vie,
- celles qui ont des difficultés d’expression orale.
2. Un plan B pour tout le monde
On a tous des moments où la parole ne passe pas :
- dans un endroit bruyant (concert, gare, chantier),
- quand on a perdu la voix,
- pour chuchoter discrètement sans déranger (au cinéma, en réunion).
Avoir quelques dizaines de signes universels de base, maîtrisés par tout le monde, ça pourrait vraiment :
- désamorcer des malentendus,
- rendre certaines situations moins stressantes,
- aider en cas d’urgence (demander de l’aide, dire « douleur », « danger », « allergie », etc.).
3. Un outil puissant pour les enfants… et même les animaux
Tu as peut-être déjà vu ça : certains parents apprennent quelques signes simples à leur bébé (manger, encore, dormir, eau, doudou…). Avant même que l’enfant parle, ça permet de réduire les crises de frustration.
Avec un système plus répandu, on pourrait :
- mieux communiquer avec des enfants qui parlent une autre langue,
- faciliter les échanges dans les familles bilingues ou recomposées,
- et même apprendre quelques signes à son chien (assis, stop, viens, attend) ou à son chat pour les rappels visuels.
Pour nos animaux, ça ne remplace ni l’éducation douce, ni l’observation de leur comportement, ni un suivi vétérinaire. Pour tout problème de santé ou changement soudain de comportement, consulter un vétérinaire reste indispensable.
Pourquoi un langage des signes vraiment universel est si difficile à créer
Là, je dois être honnête : si on n’a toujours pas de langue universelle, ce n’est pas par manque de bonne volonté.
1. Une langue, ce n’est pas qu’un dictionnaire
Une langue, c’est :
- de la culture,
- de l’histoire,
- des blagues, des sous-entendus,
- des gestes qui ont un sens ici… et un tout autre sens ailleurs.
Même pour les gestes, il y a des pièges :
- un signe neutre dans un pays peut être grossier dans un autre,
- un geste très parlant pour toi peut ne rien évoquer pour quelqu’un ayant grandi dans un autre environnement.
2. On ne part pas de zéro
Les communautés sourdes du monde entier ont déjà construit leurs langues, riches, vivantes. Leur demander de tout abandonner pour une langue unique, standardisée, ce serait :
- une perte culturelle énorme,
- une forme d’effacement identitaire.
C’est un peu comme dire : « Bon, demain, tout le monde parle la même langue orale, on efface vos langues maternelles. » On sent bien que ça coince.
3. Le coût réel de l’universalité
Pour qu’un langage de signes universel fonctionne, il faudrait :
- l’enseigner à l’école partout,
- former des professeurs,
- créer des ressources, des contenus, des médias,
- reconnaître officiellement son statut dans chaque pays.
C’est un gigantesque chantier. Pas impossible, mais très long.
Alors, qu’est-ce qu’on peut faire, nous, à notre échelle ?
Même sans réforme mondiale, on peut déjà faire beaucoup pour rendre la communication plus universelle et plus inclusive.
Apprendre quelques signes d’une vraie langue des signes
Pas besoin de devenir interprète. Mais connaître :
- bonjour, merci, s’il te plaît,
- oui, non,
- comment ça va ?,
- besoin d’aide ?,
- douleur, hôpital, médicament,
- chien, chat, manger, eau…
… peut déjà changer une rencontre.
On trouve :
- des ateliers de découverte en présentiel,
- des vidéos de personnes sourdes qui partagent leur langue,
- des livres illustrés simples pour débuter.
Et si tu vis avec des enfants, c’est un super jeu à faire ensemble.
Créer ton mini « code de signes maison »
Une astuce que j’adore : inventer un petit vocabulaire de signes partagés dans ton entourage proche. Rien d’officiel, juste des codes :
- en famille : un signe pour « on s’en va », « à table », « stop écran », « je t’aime » ;
- en couple : un signe discret pour « on parle de ça plus tard », ou « je ne suis pas à l’aise » ;
- avec les enfants : des signes pour « pipi », « calme », « danger », « bravo » ;
- avec ton chien : toujours le même geste pour « viens », « assis », « laisse ». Les chiens sont très forts pour lire nos gestes, et ça peut aider en balade quand ils sont loin et n’entendent pas bien.
Ce n’est pas universel, mais c’est déjà une manière de redonner sa place au corps dans la communication.
Là encore, si ton animal change soudainement de comportement (propreté, agressivité, apathie, refus de manger), même si tu utilises des signes, c’est un signal d’alerte : ça vaut toujours le coup d’en parler avec un vétérinaire.
Adopter une communication plus visuelle au quotidien
Même sans connaître la moindre langue des signes, on peut rendre nos échanges plus clairs :
- regarder vraiment la personne quand on parle (ça aide à lire sur les lèvres, à voir les mimiques),
- articuler sans exagérer,
- utiliser des gestes simples pour appuyer les mots importants,
- écrire quelques infos clés (sur un carnet, un téléphone),
- éviter de parler en tournant le dos ou en marchant dans une autre pièce.
Ce sont de petites choses, mais pour quelqu’un qui entend mal, qui parle peu le français, ou qui est simplement fatigué… la différence est immense.
Le rêve universel, et toutes ces petites réalités qui comptent déjà
Je ne vais pas casser le rêve : oui, l’idée d’un langage des signes universel est belle. Elle dit quelque chose de notre envie profonde de nous comprendre, malgré les frontières et les différences.
Mais en attendant une hypothétique grande langue commune (si elle voit un jour le jour), on a déjà plein de cartes en main :
- apprendre quelques signes d’une langue existante,
- rendre notre communication plus visuelle,
- créer nos petits codes partagés en famille, avec nos proches, avec nos animaux,
- et surtout, respecter celles et ceux pour qui la langue des signes est la langue de cœur.
Et si, plutôt que de chercher le langage universel parfait, on commençait par une question très simple :
« Comment je peux, moi, aujourd’hui, être plus compréhensible, plus accessible, plus attentif à la personne en face de moi ? »
Souvent, la réponse tient dans un regard, une main ouverte, un geste qui dit : je fais l’effort de te rejoindre là où tu es. Et ça, c’est déjà une langue qu’on peut tous apprendre.
La rédaction Dymastyle
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