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Comment lutter contre la maltraitance en EHPAD ?
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Comment lutter contre la maltraitance en EHPAD ?

Quand on craint que son parent soit maltraité en EHPAD, on se sent souvent impuissant. Voici comment repérer, agir et se faire aider vraiment.

DY
La rédaction Dymastyle·9 min de lecture
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La première fois que j’ai entendu ma tante dire : « Surtout, ne dites rien, j’ai peur qu’on s’en prenne à moi », j’ai eu un nœud au ventre.

Elle vivait en EHPAD depuis quelques mois. Rien d’énorme en apparence : une aide-soignante brusque, des toilettes faites à la va-vite, un plateau oublié, des paroles sèches. Mais mis bout à bout, ça ressemblait à autre chose qu’à un simple manque de temps.

C’est souvent comme ça que ça commence : un doute, un malaise. On se demande si on exagère, si « c’est comme ça partout », si on risque d’« embêter » l’équipe. Et pendant ce temps, la personne âgée se tait, par peur de déranger, par loyauté, ou parce qu’elle ne sait pas à qui parler.

Je te propose qu’on prenne tout ça à bras-le-corps : comment repérer la maltraitance en EHPAD, comment réagir sans mettre personne en danger, et comment, quand on est pro, on peut faire sa part pour que ça n’arrive pas ou moins.

(Je ne me substitue évidemment pas à un médecin, à un avocat ni à un travailleur social. Si tu as un doute sérieux, tu dois en parler à des pros, à ton médecin, à la direction de l’établissement, ou appeler un numéro d’aide comme le 3977.)


Ce qu’on appelle vraiment « maltraitance » (et ce qui est juste un dysfonctionnement)

Pour savoir comment lutter, il faut déjà savoir de quoi on parle. On a vite fait d’employer « maltraitance » pour tout et n’importe quoi, ou au contraire de minimiser.

En gros, on parle de maltraitance quand il y a :

  • Violence ou négligence répétée (physique, psychique, financière, médicale…)
  • Atteinte à la dignité, à l’intégrité, à la liberté
  • Absence de consentement ou non-respect de la parole de la personne

Ce n’est pas seulement « frapper ». Ça peut être :

  • Forcer quelqu’un à manger ou à se laver sans lui laisser le temps
  • L’installer systématiquement au fauteuil devant la télé alors qu’il pourrait sortir
  • Parler de lui à la troisième personne, comme s’il n’était pas là
  • Le priver de visites, de téléphone, de ses lunettes, de son dentier
  • L’humilier (« vous êtes sale », « vous êtes pénible », « arrêtez de faire votre cinéma »)

À côté de ça, il y a les dysfonctionnements : un plateau en retard un soir, un change un peu plus tard que d’habitude parce que l’équipe gère une urgence, un soignant stressé qui répond sèchement un jour. Ce n’est pas acceptable pour autant, mais ce n’est pas forcément de la maltraitance organisée.

Ce qui doit t’alerter, c’est la répétition, et l’ambiance générale : est-ce que ça se corrige quand tu signales, ou est-ce que ça traîne, se répète, se banalise ?


Les signaux qui doivent te faire lever le sourcil

Personne ne connaît mieux ton parent ou ton proche que toi. Si tu sens qu’il y a « quelque chose qui cloche », ça vaut le coup d’explorer.

Les signes qui reviennent souvent :

1. Ce que tu vois sur le corps

  • Bleus, griffures, égratignures répétées ou inexpliquées
  • Perte de poids importante ou soudaine
  • Escarres qui apparaissent ou s’aggravent sans explication
  • Hygiène très négligée alors que ce n’était pas le cas avant (ongles très longs, odeur forte, vêtements sales)

À chaque fois : parle-en au médecin traitant ou au médecin coordonnateur, demande des explications écrites, note les dates. Un bleu arrive, ça peut être une chute. Des bleus inexpliqués, toujours au même endroit, c’est autre chose.

2. Ce que tu observes dans le comportement

  • Ton proche devient très silencieux, apeuré, méfiant quand un membre du personnel approche
  • Il te demande de ne rien dire par peur de représailles
  • Il refuse certains soins ou certains soignants sans vouloir expliquer
  • Il change brutalement : agitation, insomnie, repli sur soi, pleurs fréquents

Oui, le vieillissement, la démence, la dépression peuvent aussi expliquer certains de ces signes. D’où l’importance de parler à un médecin pour faire la part des choses.

3. Ce que tu ressens dans le lieu

  • Tu entends des remarques humiliantes ou infantilisantes dans le couloir
  • Tu vois du personnel débordé, épuisé, tendu en permanence
  • Tu as du mal à obtenir des informations claires sur les soins, les chutes, les médicaments
  • La direction minimise systématiquement les problèmes ou renvoie la faute sur les familles

Quand on sort à chaque visite avec une boule au ventre, ce n’est pas « être trop sensible ». C’est souvent un bon radar.


Que faire concrètement quand on soupçonne une maltraitance ?

La peur de « se mettre l’équipe à dos » est très fréquente. On a l’impression de marcher sur des œufs. Pourtant, ne rien dire, c’est laisser la situation comme elle est.

Je te propose une sorte de plan par étapes, à adapter selon la gravité.

Étape 1 : Observer et noter (sans espionner non plus)

Pendant quelques semaines, note :

  • Les dates et heures des événements qui t’alertent
  • Ce que tu constates précisément (pas juste « c’était nul », mais : « 15h, plateau du déjeuner toujours là, repas froid, personne n’est passé »)
  • Les réponses que tu obtiens quand tu poses des questions

Ces notes te serviront si tu dois en parler plus haut, voire saisir une autorité.

Étape 2 : Parler d’abord avec l’équipe de terrain

Souvent, un échange direct, calme et concret permet déjà de débloquer des choses.

Tu peux dire, par exemple :

« J’ai remarqué que maman avait plusieurs bleus à l’avant-bras droit. Est-ce que vous pouvez m’expliquer ce qui s’est passé ? »

Plutôt que : « C’est inadmissible, vous la maltraitez ! » (même si tu es en colère, ce qui est compréhensible).

Écoute la réponse, demande ce qui est mis en place pour éviter que ça se reproduise. Parfois, il y a une vraie explication et un plan d’action.

Étape 3 : Si ça se répète, aller voir la direction

Si rien ne change, ou si la situation est plus grave, demande un rendez-vous formel avec :

  • La direction de l’EHPAD
  • Le cadre de santé ou l’infirmier coordonnateur

Apporte tes notes, reste factuel et demande ce qui est prévu concrètement (formations, changements d’organisation, rappel à l’ordre…).

Tu peux aussi solliciter :

  • Le conseil de la vie sociale (instance où familles, résidents et direction échangent sur le fonctionnement)

Étape 4 : Se faire aider par des dispositifs extérieurs

Si tu as le sentiment de ne pas être entendu, ou si la situation te semble très grave :

  • Appelle le 3977, la ligne nationale d’écoute dédiée aux situations de maltraitance envers les personnes âgées et les adultes handicapés. Des professionnels écoutent, conseillent, orientent. C’est un vrai soutien, autant émotionnel que pratique.
  • Parle-en au médecin traitant de ton proche ou au médecin coordonnateur de l’EHPAD : il peut évaluer l’état de santé, faire part de ses inquiétudes, consigner des éléments dans le dossier médical.
  • Selon les cas, tu peux aussi saisir les autorités compétentes (Agence régionale de santé, Conseil départemental). Les modalités sont détaillées sur leurs sites officiels.

Et s’il y a un danger grave et immédiat (violences physiques, mise en danger manifeste) :

  • Appelle le 15 (SAMU), le 17 (police), ou le 112. Ne reste pas seul avec ça.

Quand on est soignant : comment ne pas glisser, malgré la fatigue et le manque de temps

Je vais être franc : une partie de la maltraitance en EHPAD vient aussi de conditions de travail intenables. Pas pour excuser, mais pour comprendre comment agir.

La plupart des soignants que je rencontre sont venus là par vocation. Mais avec :

  • Des sous-effectifs
  • Des salaires bas
  • Une charge émotionnelle énorme

…on peut glisser, presque sans s’en rendre compte, vers de la maltraitance « ordinaire » : parler sèchement, bâcler, « materner » au lieu de respecter la personne.

Si tu es pro en EHPAD, quelques repères :

  • Surveille ton propre langage : est-ce que tu dirais « mon petit papi » ou « vous êtes chiant » à quelqu’un dans la rue ? Si non, pourquoi ici ?
  • Ose parler quand tu vois un collègue dépasser les bornes. Pas pour le « balancer », mais pour protéger le résident, et aussi ton collègue qui se met en danger.
  • Participe aux formations sur la bientraitance, même si tu as l’impression de « savoir déjà ». Souvent, ça redonne du sens à ton travail.
  • Quand tu te sens au bord du craquage, demande du soutien : à ton cadre, à un psychologue, à l’équipe. Reconnaître que c’est difficile, c’est déjà s’éloigner de la maltraitance.

Il existe dans beaucoup d’EHPAD des référents bientraitance, des groupes de parole, des temps de débrief après des situations tendues. Si ce n’est pas le cas, en parler peut déjà être un premier pas.


Faire grandir une culture de « bientraitance » : notre rôle à tous

On parle beaucoup de « bientraitance » sans toujours savoir ce que ça veut dire. Pour moi, c’est tout ce qui, à l’inverse de la maltraitance, protège la dignité et l’autonomie de la personne.

Concrètement, en EHPAD, ça veut dire par exemple :

  • Laisser choisir l’heure du lever dans la mesure du possible
  • Expliquer chaque geste de soin et attendre le consentement (même s’il est non verbal)
  • S’adresser à la personne par son nom, à hauteur de regard
  • Laisser du temps, même un peu, pour écouter une histoire déjà mille fois racontée

Et ça, ce n’est pas que l’affaire des soignants. Comme proches, on peut :

  • Valoriser les bons gestes qu’on voit (« J’ai vu comment vous avez pris le temps avec papa, merci »). Ça compte, vraiment.
  • Proposer de participer à des groupes de travail familles-résidents-professionnels sur la qualité de vie.
  • Accepter que tout ne soit pas parfait, mais refuser ce qui n’est pas digne.

Pour l’établissement, cela passe souvent par :

  • Des protocoles clairs de signalement : qui prévenir, comment, dans quels délais
  • Une formation continue sur la bientraitance, l’éthique, la gestion de l’agressivité, la communication avec les personnes désorientées
  • Des moments réguliers où l’on prend du recul sur les pratiques, plutôt que d’éteindre des incendies en permanence

Et toi, dans tout ça : ne pas t’oublier

Quand on craint que son parent soit maltraité, on peut vite être submergé par :

  • La culpabilité : « J’aurais dû le garder chez moi », « J’ai mal choisi l’établissement »
  • La colère : contre l’EHPAD, contre soi, contre les autres membres de la famille
  • La peur : « Si je fais des vagues, ce sera pire pour lui/elle »

Tu as le droit à tout ça. Mais tu as aussi besoin de soutien.

N’hésite pas à :

  • En parler à ton médecin si tu te sens au bord du burn-out
  • Chercher un groupe de parole d’aidants, une association locale de familles de résidents
  • Utiliser le 3977 aussi pour toi : pour poser des questions, pour être écouté, pour savoir que tu n’es pas fou/folle de t’inquiéter

Protéger ton proche, ça commence aussi par prendre soin de toi. Sinon, tu n’auras plus l’énergie de te battre sur la durée.


Je termine avec une image qui me parle : lutter contre la maltraitance en EHPAD, ce n’est pas seulement « traquer les monstres ». C’est surtout remettre de l’humain dans un système qui, parfois, broie tout le monde : résidents, familles, soignants.

On ne changera pas tout d’un coup. Mais on peut, chacun à notre place, poser des jalons : un doute qu’on ose formuler, un signalement qu’on ne laisse pas tomber, une parole respectueuse qu’on choisit même quand on est pressé.

Et toi, la prochaine fois que tu iras voir ton proche, qu’est-ce que tu regarderas, qu’est-ce que tu oseras demander, que tu n’osais pas avant ?

DY

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