
Comment bien tenir une guitare ?
Mal de poignet, cordes qui frisent, fatigue ? Souvent, c’est la façon de tenir la guitare. Je te montre une posture simple, confortable et efficace.
Je me souviens très bien de ma première guitare : elle sonnait faux, j’avais mal partout, et j’étais persuadé que j’étais nul. En réalité, je la tenais juste… n’importe comment.
Quand j’ai corrigé ma posture, tout a changé : moins de douleur, des accords plus propres, et surtout, l’envie de jouer plus longtemps.
Je te propose qu’on voie ça ensemble, pas comme en cours magistral, mais comme si on était assis côte à côte, guitare sur les genoux.
La base : ton corps avant ta guitare
Avant de parler de guitare, on parle de toi. Si ton corps souffre, ta motivation ne tiendra pas longtemps.
Je vise une posture où :
- tu peux tenir 20–30 minutes sans avoir mal,
- tu respires normalement,
- tu peux bouger les bras sans te tordre.
En position assise, je fais ce petit check très simple :
- Fesses bien au fond de la chaise (pas affalé·e, pas au bord prêt à tomber).
- Pieds à plat au sol, un peu écartés, pour être stable.
- Dos droit mais pas rigide : pense « grandir vers le plafond », pas « colonne en béton ».
- Épaules relâchées : si elles montent vers les oreilles, je souffle, je les laisse tomber.
Et un repère magique : si tu dois te pencher beaucoup pour voir ton manche, c’est que ta guitare est trop basse ou trop à plat.
Une bonne posture, c’est comme une bonne chaise : au début on ne la remarque pas, et si on l’enlève, tout devient inconfortable.
Si tu ressens régulièrement douleurs vives, fourmillements, blocages (poignet, dos, cou…), ne force pas : fais une pause, ajuste ta posture. Et si ça persiste, c’est le moment de consulter un professionnel de santé (médecin, kiné…), surtout si tu joues souvent.
Assis : guitare sur quelle jambe, finalement ?
On voit souvent la guitare sur la cuisse droite (pour un droitier). C’est confortable au début, mais ça peut t’obliger à tordre le dos.
En gros, tu as deux options principales :
1. Position « décontractée » (cuisse droite pour un droitier)
- Tu poses le creux de la guitare (la partie qui remonte vers toi) sur ta cuisse droite.
- Le dos de la guitare est contre ton buste, pas posé à plat sur la cuisse.
- Le manche part légèrement vers la gauche et un peu vers le haut.
Ce que je surveille :
- Mon cou ne doit pas être tordu pendant 10 minutes pour voir le manche.
- La guitare ne doit pas glisser vers le sol toutes les 30 secondes.
Astuce simple : l’angle du manche
- Si le manche est parfaitement horizontal, tu vas souvent casser ton poignet gauche.
- Si tu le montes légèrement (entre 30 et 45° environ), ton poignet se place mieux, surtout pour les accords barrés.
2. Position « classique » (cuisse gauche pour un droitier)
C’est la position de base en guitare classique, mais elle est très confortable, même pour d’autres styles :
- La guitare repose sur la cuisse gauche.
- Le manche est plus haut et plus au centre de ton corps.
- Souvent, on met un petit repose-pied sous le pied gauche (ou un support de guitare), mais tu peux déjà tester sans.
Avantage : le dos reste plus droit, le manche est plus près des yeux, et la main gauche est souvent dans une position plus naturelle.
Le plus important, ce n’est pas de suivre un dogme « il FAUT tenir comme ça », mais de trouver la position où tu peux rester sans douleur et où tes mains travaillent facilement.
Debout : la sangle, ton alliée (ou ton ennemie)
Debout, tout se joue avec… la sangle. Sans sangle, tu vas crisper tous les muscles pour tenir la guitare, et ça ne pardonne pas.
Comment régler ta sangle
- Mets la guitare à la hauteur où tu serais assis. Pour un droitier, le corps de la guitare vers la hanche droite, le manche légèrement incliné vers le haut.
- Ajuste la sangle pour que, si tu lâches la main gauche, le manche ne tombe pas.
- Regarde ton poignet gauche : s’il est plié comme un crochet pour atteindre les cordes, remonte un peu la guitare.
Oui, je sais : beaucoup de rockeurs portent la guitare au niveau des genoux. Mais ce sont souvent des pros qui ont des années de pratique (et parfois des douleurs qu’ils ne montrent pas…).
Pour apprendre proprement, n’aie pas peur de la guitare « un peu plus haut ». Tu pourras toujours la baisser quand tes mains seront plus à l’aise.
Main gauche : le pouce, ce petit chef d’orchestre caché
La main gauche (pour un droitier) fait le gros du travail sur le manche. Et tout commence par… le pouce.
Le placement du pouce
Imagine que tu pinces légèrement le manche entre tes doigts et ton pouce :
- Le pouce est derrière le manche, à peu près au milieu (verticalement).
- Il pointe plutôt vers le plafond, pas vers la tête de la guitare.
- Il reste relâché, pas serré comme si tu voulais écraser le bois.
Ce que j’essaie d’éviter :
- Le pouce qui remonte par-dessus le manche au point de presque toucher les cordes (utile parfois pour certains styles, mais pas pour démarrer).
- Le pouce complètement à droite du manche (tu perds en force et en précision).
Les doigts sur les cordes
Quelques repères simples :
- Les doigts sont arrondis, comme si tu tenais une petite balle dans la main.
- Tu vises à poser le bout du doigt (la pulpe) sur la corde, pas la phalange entière.
- Tu te mets le plus près possible de la frette, sans être dessus. Ça demande moins d’effort et ça frise moins.
Test maison :
- J’appuie sur une corde.
- Si je dois serrer comme un fou pour avoir un son propre, je rapproche le doigt de la frette.
Astuce pas évidente : quand un accord te semble impossible, regarde d’abord si ce n’est pas ton pouce qui est mal placé. Un pouce trop haut ou trop tourné t’empêche parfois simplement d’atteindre les bonnes cases.
Main droite : que tu grattes ou que tu pinces
Pour la main droite (droitier), il y a deux grands cas :
- tu joues au médiator,
- tu joues aux doigts.
Dans les deux cas, ce qui compte, c’est que ton poignet ne soit pas crispé.
Avec médiator
Je tiens le médiator comme ça :
- Il est posé sur le côté du bout de l’index,
- Le pouce vient par-dessus pour le maintenir,
- Seul un petit bout dépasse (2–3 mm environ), sinon tu perds le contrôle.
La main :
- Le poignet est légèrement au-dessus des cordes, pas collé sur la table de la guitare.
- Le mouvement vient surtout du poignet, pas de tout le bras.
Une image qui m’aide : comme si je remuais légèrement une cuillère dans une tasse de café.
Aux doigts
- L’avant-bras repose doucement sur la caisse de la guitare (vers le dessus, pas vers le coude).
- Le poignet reste presque droit, pas cassé en angle aigu.
- Les doigts viennent pincer les cordes en les ramenant vers la paume, pas en les tirant vers le haut.
Un repère pratique :
- Sur une guitare folk ou classique, je me place entre la rosace et le manche.
- Plus près du manche = son plus rond.
- Plus près du chevalet = son plus brillant, mais aussi plus dur sous les doigts.
Les erreurs fréquentes (et comment les rattraper sans se juger)
Je vois toujours les mêmes petites choses chez les débutants… que j’ai faites moi aussi.
1. Se pencher comme une crevette
On veut voir ce qu’on fait, alors on se plie en deux. Résultat : mal de cou et de dos.
Solution :
- Remonte un peu la guitare.
- Monte un peu le manche.
- Regarde d’abord avec les yeux, puis seulement si besoin, incline légèrement le buste.
2. Tout tenir trop fort
Épaules crispées, mâchoires serrées, doigts blancs tellement ils serrent la corde.
Petite routine utile :
- Je joue un accord, puis je détends volontairement les épaules.
- Je desserre la main gauche jusqu’à ce que la note frise… puis je resserre juste ce qu’il faut.
- L’idée : trouver le minimum d’effort pour un son propre.
3. Guitare qui glisse
Si la guitare se barre sur la cuisse toutes les deux minutes, tu vas passer ton temps à la rattraper.
Aides possibles :
- une chaise avec surface non glissante (évite les tabourets ronds hyper lisses),
- un pantalon qui accroche un peu plutôt qu’un jogging ultra glissant,
- ou un petit repose-pied ou support de guitare pour stabiliser.
Une mini-routine de 5 minutes pour « apprivoiser » ta guitare
Je te propose un petit rituel express, à faire au début de chaque session pendant quelques jours :
-
Je m’assois / je me mets debout
- Je pose les pieds.
- Je règle ma chaise ou ma sangle.
- Je vérifie épaules et nuque : relâchées.
-
Je place la guitare
- Sur la cuisse choisie.
- Manche légèrement vers le haut.
- Guitare contre le buste.
-
Je place la main gauche
- Pouce derrière le manche, à peu près au milieu.
- Doigts arrondis, près des frettes.
- Je joue quelques notes simples juste pour sentir.
-
Je place la main droite
- Avec médiator ou doigts, au-dessus des cordes.
- Je gratte lentement un accord ou des cordes à vide.
-
Je fais le scan du corps
- Est-ce que je retiens ma respiration ?
- Est-ce que j’ai une zone déjà tendue ?
- Si oui, je fais une petite pause de 10 secondes, je secoue les mains, et je repars.
5 minutes, ce n’est rien, mais ça installe de bons réflexes. Et plus tard, tu n’y penseras même plus.
Au fond, « bien tenir une guitare », ce n’est pas pour faire joli sur une affiche : c’est pour se faire du bien en jouant, progresser plus vite et profiter du son sans se battre contre l’instrument.
Tu as le droit de tatonner, de bouger un peu la guitare, de tester plusieurs hauteurs de sangle, plusieurs positions assises. L’important, c’est de rester à l’écoute : de ton corps, de tes mains, de ton envie.
Et si tu as l’occasion, même pour une ou deux séances, un prof de guitare pourra regarder ta posture « en vrai » et ajuster avec toi. C’est souvent un énorme raccourci.
Alors, la prochaine fois que tu prends ta guitare, au lieu de foncer sur ton morceau préféré, accorde-toi d’abord ces quelques instants de mise en place. Tu verras : tout le reste sonne mieux quand ton corps, lui, est bien accordé.
La rédaction Dymastyle
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