
Comment augmenter le salaire des soignants ?
Revaloriser le salaire des soignants, c’est possible. Je passe en revue les leviers concrets, les blocages et ce qu’on peut, chacun, faire peser.
Un jour, une infirmière m’a dit en riant jaune : « Je suis payée pour faire ce qu’on voit dans les séries… sans les caméras, sans les pauses, sans le salaire. »
Je ne sais pas pour toi, mais moi j’ai du mal à avaler l’idée qu’on puisse confier nos vies à des gens qu’on paye parfois à peine plus qu’un job débutant dans la vente. Et derrière la question « comment augmenter le salaire des soignants ? », il y a : comment on veut traiter celles et ceux qui s’occupent de nous quand ça va mal.
Je te propose qu’on prenne ça par le bon bout : d’où vient le problème, quels leviers existent vraiment, ce qui bloque… et ce qu’on peut faire, même à notre petite échelle.
D’abord, remettre les pieds dans la réalité des salaires
Quand on parle de « soignants », on parle en vrac de :
- infirmiers et infirmières (hôpital, libéral, Ehpad…)
- aides-soignants, auxiliaires de puériculture
- médecins (hôpital, libéral, généralistes, spécialistes)
- sages-femmes, kinés, orthophonistes, etc.
Leurs situations sont très différentes, mais il y a des points communs :
- des études longues ou exigeantes
- une grosse responsabilité (l’erreur peut coûter cher… vraiment cher)
- des horaires décalés, des nuits, des week-ends
- une charge émotionnelle forte
Et souvent, tout ça pour un salaire qui, dans le public, démarre assez bas par rapport au niveau d’études et aux contraintes du métier. Dans le privé, ce n’est pas toujours la fête non plus, surtout dans les structures sous-financées (Ehpad, petites cliniques, soins à domicile…).
Je ne vais pas te sortir des chiffres ultra-précis (ça varie beaucoup selon l’ancienneté, la région, les primes…), mais une chose ressort : les soignants parlent rarement de leur salaire en disant « c’est confortable ». Le mot qui revient le plus, c’est « décalé » : décalé par rapport à l’engagement demandé.
Le salaire des soignants, ce n’est pas juste une ligne sur une fiche de paye
Augmenter le salaire des soignants, ce n’est pas seulement « être gentil » ou « faire un geste ». Ça touche au cœur du système de santé.
Pourquoi ? Parce qu’un meilleur salaire :
- attire : plus de personnes se forment aux métiers du soin
- fidélise : moins de départs vers d’autres secteurs ou vers l’étranger
- apaise : moins de sentiment de mépris, moins de burnout
- améliore les soins : quand les équipes sont stables, formées, reposées, on fait moins d’erreurs
En face, on entend souvent : « Oui mais ça coûte trop cher. » Et là, j’ai envie de répondre :
Ne pas payer correctement les soignants, ça coûte aussi très cher.
Ça coûte en arrêts de travail, en erreurs évitables, en perte d’expertise, en formation de nouveaux personnels qui repartent au bout de quelques années… sans parler du coût humain pour les patients.
Donc la vraie question, ce n’est pas « peut-on se permettre d’augmenter le salaire des soignants ? », mais plutôt « combien ça nous coûte de ne PAS le faire ? ».
Premier levier : mettre vraiment de l’argent dans la santé (et pas en rustines)
Pour augmenter les salaires, il faut commencer par la base : le budget global de la santé.
Quelques pistes concrètes qui reviennent souvent dans les débats :
- Arrêter de demander aux hôpitaux de “faire des économies” en permanence alors qu’ils sont déjà au bout : quand on exige des équilibres financiers stricts, le salaire devient une des seules variables d’ajustement.
- Revoir la manière de financer les actes médicaux : certains actes sont mieux rémunérés que d’autres, ce qui tire des spécialités vers le bas (par exemple la médecine générale ou la psychiatrie) et peut peser sur les salaires et les conditions de travail.
- Alléger des dépenses inutiles :
- strates administratives redondantes
- logiciels pas adaptés qu’on paie une fortune
- sous-traitances peu efficaces
Dit comme ça, ça semble simple. En vrai, c’est très technique et très politique. Les arbitrages se font entre ministères, caisses d’assurance maladie, directions d’hôpitaux, etc.
Mais le principe de base reste clair : si on ne remet pas plus d’argent dans le système, les marges pour revaloriser durablement les salaires restent minuscules.
Deuxième levier : la négociation collective (et pourquoi elle est parfois si lente)
Dans la fonction publique hospitalière, beaucoup de choses passent par :
- des accords de branche
- des grilles salariales
- des négociations entre syndicats et gouvernement
C’est ce qui permet d’obtenir :
- des revalorisations de base
- des primes (nuit, dimanche, risque…)
- des reclassifications (par exemple reconnaître un métier en catégorie supérieure)
Le problème, c’est que :
- c’est souvent long (années de discussions)
- c’est souvent réactif (on négocie dans l’urgence, après une crise, une grève, un scandale médiatique)
- ça aboutit parfois à des mesures partielles : tout le monde n’en profite pas, ou seulement pendant un temps.
Pourtant, c’est un levier puissant quand il est bien utilisé. C’est grâce à ce type de négociations qu’on a déjà vu :
- des revalorisations par paliers sur plusieurs années
- des primes pérennisées (et plus seulement « exceptionnelles »)
D’où l’importance que les soignants soient représentés, informés, organisés. On peut être très fatigué des conflits sociaux, mais sans eux, beaucoup d’avancées salariales n’auraient tout simplement jamais existé.
Troisième levier : la reconnaissance… qui finit par peser sur le porte-monnaie
« Merci pour tout ce que vous faites » pendant une crise, c’est bien.
Mais quand les applaudissements s’arrêtent et que la fiche de paye ne change pas, ça laisse un goût amer.
La reconnaissance symbolique, ça a un effet très concret : ça crée une pression sociale et politique. Quand l’opinion publique comprend vraiment :
- la réalité des horaires
- la violence émotionnelle
- la difficulté de recruter
…il devient plus difficile pour un gouvernement ou une direction de dire : « On ne peut rien faire pour les salaires. »
Cette reconnaissance passe par :
- des reportages honnêtes (pas seulement les héros en blouse, mais aussi les épuisés, les précaires)
- des prises de parole de patients, de familles
- des associations et collectifs qui racontent ce qui se passe vraiment dans les services, dans les cabinets, dans les Ehpad.
À force, cette image finit par compter dans les urnes, dans les décisions, dans les arbitrages budgétaires. C’est lent, mais c’est réel.
Quatrième levier : revoir l’organisation du travail pour libérer de la marge
Augmenter les salaires, ce n’est pas que « trouver de l’argent en plus ». C’est aussi dépenser mieux.
On pourrait, par exemple :
- Limiter les tâches non-soignantes confiées aux soignants : quand une infirmière passe une heure à chercher un matelas, remplir dix fois le même formulaire ou lutter avec un logiciel qui plante, c’est du temps soignant payé… qui ne fait pas de soin.
- Renforcer les équipes administratives et logistiques, au bon endroit, pour que chacun fasse ce qu’il sait faire de mieux. Ça peut paraître paradoxal (« encore des postes en plus ? »), mais parfois mieux répartir le travail rend le système plus efficace.
- Stabiliser les plannings : moins d’intérim de dernière minute, moins de rappels sur repos. Un service qui tourne sans surchauffe gaspille moins d’argent en remplacements d’urgence, et cette marge peut nourrir les salaires.
On sous-estime souvent à quel point le gaspillage organisationnel plombe les finances et les équipes. En réduisant ce chaos, on peut :
- garder les soignants plus longtemps (moins de turnover)
- dépenser moins en recrutements, intérim, formation express
- et donc rendre plus crédible une revalorisation durable.
Et nous, là-dedans, on a vraiment un rôle ?
On pourrait se dire : « C’est politique, je n’y peux rien. » Sauf qu’en réalité, nous, patients, proches, citoyens, on a plusieurs cartes en main.
1. Voter en pensant à la santé
Sans donner de consigne de vote, je peux quand même dire ça : les arbitrages budgétaires viennent de là. Quand les programmes défilent, regarder :
- quelle place est donnée à la santé
- ce qui est proposé pour l’hôpital, la médecine de ville, les Ehpad
- comment sont envisagés les métiers du soin
Et ensuite, garder un œil sur ce qui est réellement fait une fois les élections passées.
2. Soutenir les mouvements de soignants
Comprendre leurs revendications, relayer leurs témoignages, expliquer autour de soi pourquoi une grève à l’hôpital, ce n’est pas « prendre les patients en otage » mais souvent tirer le signal d’alarme pour que les soins restent possibles.
Même un simple :
- partager une info claire
- signer une pétition
- discuter sans caricature avec son entourage
…ça nourrit cette fameuse pression sociale dont je parlais.
3. Parler de la santé comme d’un investissement, pas d’un coût
Dans nos conversations, au travail, en famille, on peut changer le récit :
- la santé, ce n’est pas « le trou de la Sécu »
- c’est une infrastructure de base comme les routes, l’école, l’énergie
Un pays qui maltraite ses soignants finit, tôt ou tard, par mal soigner ses habitants. Ce n’est pas une menace, c’est juste mécanique.
Une astuce de citoyen : garder deux questions en tête
Quand tu entends parler d’une réforme, d’un plan hôpital, d’un accord pour les médecins ou les infirmiers, pose-toi toujours :
- Qu’est-ce qui change concrètement sur la fiche de paye ?
- Qu’est-ce qui change concrètement sur le terrain (temps, effectifs, organisation) ?
Si la réponse à la première est « pas grand-chose » et à la deuxième « pas grand-chose non plus », il y a de fortes chances qu’on soit encore sur un pansement sur une jambe de bois.
Et attention : augmenter seulement les primes sans toucher au salaire de base, ça peut être piégeux. Les primes :
- disparaissent parfois à la retraite
- peuvent être modifiées plus facilement
- créent des inégalités entre services, régions, structures
L’idéal, c’est de renforcer le salaire de base et d’utiliser les primes pour compenser des contraintes spécifiques, pas pour masquer un problème global.
Et les soignants eux-mêmes, comment ils peuvent peser sans s’épuiser ?
Je ne vais pas jouer au coach de grève, ce n’est pas mon rôle. Mais au fil des témoignages que j’ai entendus, j’ai repéré quelques pistes que beaucoup jugent plus “jouables” que de tout porter seul sur ses épaules :
- se regrouper : en collectif, association, syndicat, groupe local ; être plusieurs change tout
- documenter le quotidien : noter les heures, les manques, les incohérences ; ça donne du poids aux revendications
- se former aux droits : temps de travail, repos, rémunération des heures sup ; souvent, rien que faire respecter l’existant améliore un peu la situation
Et, très important :
Aller voir un médecin, un psychologue, un psychiatre quand on sent qu’on décroche.
L’épuisement, la déprime, le stress post-traumatique chez les soignants, ce n’est pas de la faiblesse, c’est un risque professionnel. Se faire aider, c’est aussi une manière de dire : « Ce système a un problème, ce n’est pas moi qui suis “trop sensible”. »
Mieux payer les soignants, c’est décider quel monde on veut
Augmenter le salaire des soignants, ce n’est pas une ligne dans un tableau Excel. C’est un choix de société :
- est-ce qu’on accepte que celles et ceux qui nous tiennent la main au pire moment de nos vies galèrent à boucler leurs fins de mois ?
- est-ce qu’on veut que les meilleurs finissent par partir ailleurs ou changer de métier ?
- ou est-ce qu’on assume de dire : « On met de l’argent là, parce que c’est vital » ?
Les leviers existent : budgets, négociations, organisation du travail, reconnaissance publique. Rien n’est magique, tout est lent, parfois frustrant. Mais chaque fois qu’on remet le sujet sur la table sans caricaturer, qu’on écoute ce que vivent les soignants, qu’on pèse dans les choix politiques, on met une petite pierre de plus.
La prochaine fois que tu croises un soignant, tu peux déjà commencer par un « merci » sincère. Et la fois d’après, peut-être glisser cette question autour de toi :
On attend quoi, exactement, pour les payer à la hauteur de ce qu’ils font pour nous ?
La rédaction Dymastyle
Un magazine généraliste à hauteur de vie : on y parle d'animaux, de maison, de santé, d'argent, de voyages et de tout ce qui fait le sel des journées — avec sincérité, méthode et le goût du concret.
En savoir plusÀ lire ensuite

Les bienfaits de l’alimentation végétalienne crue
Alimentation végétalienne crue : ce qu’elle change pour notre corps, notre énergie… et ce que ça veut (ou pas) dire pour nos animaux.

Les bienfaits de la marche nordique pour votre santé
Envie de bouger sans te dégoûter du sport ? La marche nordique muscle tout le corps, vide la tête et respecte les articulations. Mode d’emploi.

Comment intégrer la pleine conscience dans votre routine quotidienne
Marre d’avoir la tête en vrac ? Je te montre comment glisser la pleine conscience dans ta vraie vie, pas dans un monastère tibétain.