
5 conseils sur la façon d’écrire un livre
Envie d’écrire un livre mais vous ne savez pas par où commencer ? 5 conseils concrets pour passer du fantasme au manuscrit, sans se raconter d’histoires.
Je me souviens très bien de la première fois où j’ai annoncé : « J’écris un livre. » On aurait dit que j’avais déclaré : « Je pars escalader l’Everest en tongs. » Regards ronds, sourires gênés, puis la fameuse question : « Et… tu as déjà commencé ? »
Spoiler : non. J’avais un dossier vide, trois idées floues… et une montagne de doutes.
Si tu es à ce stade — ou que tu tournes autour de ton livre comme un chat autour d’un carton — on est au bon endroit. Je ne vais pas te vendre la méthode magique pour devenir best-seller en 30 jours. Mais je peux partager 5 conseils qui, honnêtement, font la différence entre « j’aimerais écrire un livre » et « j’ai un manuscrit entre les mains ».
1. Commencer sans être « prêt » (parce que tu ne le seras jamais)
Je vais être direct : si tu attends le moment idéal, l’idée parfaite et le plan en béton… tu n’écriras jamais ce livre.
Un livre ne commence pas avec une certitude, mais avec une curiosité. Pas : « Je sais exactement ce que je vais écrire », mais :
« Il y a quelque chose là-dedans qui m’obsède assez pour que j’aie envie d’y revenir. »
Pose-toi plutôt ces questions simples :
- Qu’est-ce qui me travaille en ce moment ? (une rupture, une injustice, un souvenir, une question philosophique…)
- Sur quoi je reviens tout le temps dans ma tête ?
- D’où j’ai envie de parler : de ma vie, d’un monde inventé, d’un sujet que je maîtrise ?
Tu n’as pas « d’idée de génie » ? Tant mieux. Certaines des meilleures histoires naissent de choses ordinaires observées de très près.
Petit exercice pour démarrer sans paniquer :
Prends 20 minutes et écris une scène, une seule. Pas un plan, pas un synopsis, juste une scène :
- Un moment clé (une dispute, un accident, une rencontre)
- Dans un lieu précis (cuisine, métro, salle d’attente…)
- Avec 2 personnages maximum
Ton seul objectif : rendre ce moment vivant. C’est tout. Si tu fais ça trois ou quatre fois, tu auras déjà le début d’un univers.
2. Choisir un « cadre » plutôt qu’un genre
On se met beaucoup de pression avec le genre : « Est-ce que c’est un roman ? Un essai ? De l’autofiction ? »
Franchement, au début, on s’en fiche un peu.
Au lieu de te demander dans quelle case ton livre va entrer en librairie, demande-toi simplement : comment j’ai envie de raconter ça ?
Quelques cadres possibles :
- L’histoire racontée : personnages, début-milieu-fin, péripéties (romans, nouvelles, polar, fantasy…)
- La réflexion partagée : tu pars d’une question ou d’un sujet et tu déroules ta pensée (essai, récit personnel, témoignage)
- Le collage : fragments, textes courts, lettres, journal, notes (formes hybrides, carnet, écriture intime)
Tu peux te dire :
« Je vais raconter comme si c’était une histoire. »
ou
« Je vais réfléchir à voix haute sur ce sujet, en incluant ce que j’ai vécu. »
Le cadre te sert de rails. Tu pourras toujours le changer plus tard. Mais écrire sans aucun cadre, c’est comme tenter de faire du pain sans saladier : tout se répand sur la table.
3. Fabriquer une structure… même bancale
La structure, c’est le truc qui fait peur. On imagine un plan ultra détaillé avec des chapitres parfaitement équilibrés. Dans la vraie vie, c’est plus chaotique.
Je te propose une approche simple : la structure en 3 grandes parties, même si ton livre en aura 27 au final.
Pour un roman, ça peut donner :
- Partie 1 : « Ce qui va mal / ce qui manque » (on pose le décor et le problème)
- Partie 2 : « Les tentatives / les complications » (le personnage essaie, se plante, évolue)
- Partie 3 : « Ce qui se décide / ce qui change » (un choix, une révélation, une conséquence)
Pour un essai ou un récit perso :
- Partie 1 : « D’où je pars » (constat, expérience de départ)
- Partie 2 : « Ce que j’ai découvert / exploré » (idées, rencontres, outils…)
- Partie 3 : « Où j’en suis maintenant / ce que ça change »
Tu peux même écrire ça en une phrase par partie. Ce sera déjà un fil rouge.
Astuce qui marche bien : le plan « sale »
Prends une grande feuille (ou un document) et note :
- Les scènes ou chapitres que tu vois déjà
- Les idées que tu veux absolument caser
- Les moments que tu veux garder pour la fin
Ensuite, classe-les grosso modo en début / milieu / fin. Même si c’est approximatif, tu viens de te construire une première ossature.
Tu ne bloques plus devant un vide, mais devant “quelque chose” à améliorer. Et ça, c’est beaucoup plus facile.
4. Traiter l’écriture comme un rendez-vous, pas comme un miracle
Tu n’as pas besoin d’attendre l’inspiration. Tu as besoin d’un rendez-vous.
Écrire un livre, ce n’est pas un élan héroïque en une nuit blanche. C’est une répétition un peu têtue : revenir, encore et encore.
Honnêtement, la différence entre ceux qui terminent un manuscrit et les autres, c’est souvent :
- Ils ont dégagé du temps régulier
- Ils ont accepté d’écrire parfois mal, fatigués, sans envie
Un rythme réaliste vaut mieux qu’un fantasme héroïque.
Si tu travailles à temps plein, que tu as une vie familiale, viser « 4 heures par jour » est juste une recette pour te détester au bout de deux semaines.
Quelques formats de rendez-vous qui fonctionnent bien :
- 25 minutes par jour, montre en main (méthode Pomodoro) : tu écris sans t’arrêter, sans corriger
- 2 sessions de 45 minutes par semaine, toujours les mêmes jours et heures
- Une « matinée livre » par semaine, où tu coupes le reste autant que possible
Le vrai secret, ce n’est pas la durée. C’est la régularité. Ton cerveau finit par comprendre : « Ah, à cette heure-là, on retourne dans cette histoire. » Il s’échauffe plus vite.
Détail qui change tout : le rituel d’entrée.
Ça peut être :
- Toujours écrire au même endroit (même si c’est juste un coin de table)
- Mettre la même playlist
- Relire les 2 dernières pages puis démarrer
Ça a l’air bête, mais ça signale à ton cerveau : « C’est le moment d’écrire, pas de ranger les chaussettes. »
5. Accepter d’écrire moche avant d’écrire bien
L’ennemi numéro un du livre, ce n’est pas le manque de talent. C’est la petite voix intérieure qui commente pendant que tu écris :
« C’est nul. Personne ne lira ça. Tu te prends pour qui ? »
Cette voix-là, si tu la laisses au volant, elle t’emmène droit dans le mur.
L’astuce, c’est de faire l’écriture et le jugement en deux temps.
Temps 1 : le brouillon sans pitié (mais sans censure)
Tu écris comme si personne ne devait jamais lire ça. Tu te donnes le droit :
- de répéter
- d’être lourdingue
- de changer de temps ou de point de vue en route
- de mettre des « XXX » quand tu ne trouves pas le mot
L’objectif n’est pas d’être bon. L’objectif est que le texte existe.
Dis-toi :
« Là, j’écris la version mauvaise que je dois écrire avant la version suffisamment bonne. »
Ça détend.
Temps 2 : la réécriture avec bienveillance (mais fermeté)
Une fois que tu as un bout de texte (un chapitre, une section), tu le laisses reposer un peu — quelques jours, une semaine — puis tu le reprends.
Tu peux te poser quelques questions simples :
- Est-ce que je comprends clairement ce qui se passe / ce que je veux dire ?
- Est-ce que je peux enlever une phrase sur deux sans perdre le sens ? (souvent, oui)
- Est-ce que je peux remplacer une explication par une image ou une scène ?
Tu vas couper, déplacer, resserrer. C’est là que ton livre se construit vraiment.
Ne reste pas seul trop longtemps
À un moment, tu auras besoin d’un retour extérieur :
- un ami lecteur de confiance (qui lit ce genre de choses)
- un petit groupe d’écriture
- plus tard, éventuellement, un regard professionnel (correcteur, coach en écriture…)
L’idée n’est pas de tout leur confier, mais de tester ton texte dans la vraie vie. Choisis des gens qui peuvent être honnêtes sans te démonter.
Bonus : une mini-méthode pour passer de l’envie au manuscrit
Si je devais résumer en une petite feuille de route pratico-pratique, je te proposerais :
-
Semaine 1 : explorer
- Écris 3 ou 4 scènes / fragments autour de ton idée
- Note ce qui revient tout le temps : thèmes, émotions, types de personnages
-
Semaine 2 : poser le cadre
- Décide : plutôt histoire, plutôt réflexion, plutôt collage ?
- Écris en quelques lignes les 3 grandes parties de ton futur livre
-
Mois 1 à 3 : écrire le brouillon
- Fixe ton rendez-vous d’écriture (même modeste)
- Vise un volume, pas la perfection : par exemple, 2 à 3 pages à chaque session
-
Mois 4 : relire et structurer
- Imprime ou relis tout d’un bloc
- Découpe en chapitres / sections
- Note les passages à déplacer, à creuser, à couper
-
Mois 5 et après : réécrire
- Chapitre par chapitre, avec tes questions simples
- Quand tu sens que tu ne peux plus l’améliorer seul, cherche des retours
Les durées sont indicatives. Certains mettront 6 mois, d’autres 5 ans. Ce n’est pas une course.
Et maintenant, ton livre à toi
Si tu te surprends à penser : « Oui mais moi, je n’ai rien d’assez important à dire », j’ai envie de te répondre ça :
Tu n’as pas besoin d’être important. Tu as besoin d’être sincère et têtu.
Têtu, parce que ton livre ne va pas s’écrire en deux cafés, mais en une somme de petites séances parfois ratées, parfois magiques.
Sincère, parce que c’est là que se joue quelque chose : dans ta manière à toi de regarder le monde, de raconter, de t’adresser à un lecteur que tu ne connais pas encore.
Alors, si tu veux, on peut reformuler la question de départ. Au lieu de :
« Comment écrire un livre ? »
Demande-toi :
« Quelle histoire, quelle idée, quel bout de vie mérite que je lui offre un vrai rendez-vous ? »
Choisis-en une. Donne-lui 20 minutes cette semaine. Et laisse le reste venir. Le manuscrit commence souvent là : dans une petite décision qui a l’air de rien, mais qu’on honore, jour après jour.
On en reparle quand tu écriras : « J’ai terminé la première version. » Je t’assure, ça fait un drôle d’effet… dans le bon sens.
La rédaction Dymastyle
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